Laissez-moi vous conter l’histoire de quatre créateurs que j’ai rencontré. L’un deux, ingénieur, voulait fabriquer en trois mois des voiliers pour les prochains championnats du monde. Très jeune au physique comme au moral, il semblait animé par une foi capable de soulever des montagnes. Ainsi il s’était déjà fait embaucher à un prix très bas comme manœuvre sur un chantier naval en omettant de signaler qu’il était ingénieur et qu’il avait participé aux derniers championnats du monde dans la catégorie des sprinters.
Son projet était peu viable : penser qu’on puisse bâtir une réussite sur la simple idée de construire en trois mois des voiliers de 12 mètres, était une vue de l’esprit. Notre candidat créateur n’avait même pas pris la peine d’interroger des clients potentiels, alors que le marché était réduit et que, de ce fait, il aurait été possible d’effectuer rapidement une étude exhaustive.
Trois autres candidats me racontent une histoire similaire en me signalant qu’ils désiraient s’associer pour lancer une entreprise de fast food (restauration rapide). Le premier, ingénieur agroalimentaire, possédait une solide expérience professionnelle, le second avait dirigé pendant quatre ans un service marketing au sein d’une grande entreprise, et le troisième avait fait ses armes dans une grande banque. Tous trois possédaient une bonne formation en gestion récemment acquise dans une grande école réputée. Leur idée était séduisante. Elle consistait à distribuer par camionnette, sur les plages pendant l’été et dans les grandes villes, des hamburgers cuits au micro-ondes directement dans leur emballage de transport.
Une étude sérieuse prouvait l’existence d’un important marché et le projet était tellement bien étudié que des chaînes de restauration souhaitaient s’y associer. Nos trois candidats avaient besoin de 80 000 Euros, ce qui ne paraissait pas poser de problème, mais ils souhaitaient recevoir le même salaire que celui perçu par leur camarade embauché dans les grandes entreprises à leur sortie de la grande école. Ils étaient en outre organisés à ne pas travailler plus que 8 heures par jour. Enfin, ils avaient réussi à obtenir d’une grande firme une offre de situation valable de 6 mois… « Une solution de secours », me disaient ils.
Que croyez vous qu’il arrivât-il ?
Six mois passèrent notre premier candidat ingénieur continuait à vivre dans une chambre de bonne, mangeait des sandwichs, pensait plus à la situation qu’il aurait pu obtenir avec son diplôme d’ingénieur. Durant la période qui venait de s’écouler, il avait revu complètement son projet, trouvé les véritables facteurs clés de réussite, obtenu un prêt personnel de 15 000 euros, décroché un prix à la création de 9000 euros, réussi à convaincre un dirigeant de PME de lui prêter gratuitement un local, et il fabriquait son premier voilier.
Quand aux trois créateurs de fast food, ils avaient laissé tomber leur projet et travaillaient dans leur entreprise « de secours ». Interrogés sur les raisons de leur abandon, ils déclarèrent : « la création d’entreprise n’était pas faite pour nous. Nous avons obtenu les 80 000 euros dont nous avions besoin pour démarrer, mais lorsque nous avons fait nos comptes, nous nous sommes aperçus qu’il nous fallait en réalité 95 000 euros pour boucler notre budget. Il ne nous restait qu’une solution : réduire nos salaires et cela, nous ne pouvions l’accepter… »
Moralité : le créateur qui décide de s’attribuer d’emblée un salaire de PDG et de rémunérer son épouse ou son époux pour les travaux de dactylographie ou de comptabilité réalisés dans l’entreprise, qui refuse de prendre lui-même les risques qu’il demande aux autres de prendre, qui cherche à maîtriser son avenir sans remettre en cause sa sécurité matérielle, celui-là fera probablement partie des 50 % de créateurs qui n’atteindront jamais le cap de la cinquième année. Ceux qui aux contrainte savent à quoi ils s’attendent et sont prêts à faire les sacrifices nécessaires, ceux là ont de fortes chances de faire partie des 50 % qui réussiront, soit dans la création d’une nouvelle entreprise, soit comme futur successeurs d’un patron de PME, soit encore comme responsable d’une unité autonome au sein d’une grande entreprise.
Quand on connaît le prix à payer pour créer on a donc beaucoup plus de chances de trouver le temps et l’énergie nécessaire pour se poser les deux questions suivantes :
- Quelles sont mes aspirations, quels sont les buts que je poursuis sans la vie ?
- Quels sont mes qualités et mes défauts
La réponse à la première question permettra peut-être au candidat à la création d’entreprise de savoir si la création d’une entreprise lui permettra d’être « bien dans sa peau ». la réponse à la seconde question, loin de décourager, devrait l’éclairer sur la possibilité de « jouer en première, en seconde ou en troisième division ». Elle devrait également lui indiquer la voie à suivre pour concevoir un projet susceptible d’exploiter au mieux ses atouts et de réduire au maximum ses faiblesses.
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